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Tété et André Manoukian

Tété et André Manoukian
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Tété ou Dédé, ou deux musiciens qui parcourent le monde à la recherche de l'histoire de la musique. Nos "Sherlock Holmes un peu foireux", selon leurs mots, viennent nous parler de ce "Fourchette et sac à dos" version musicale, diffusé tous les dimanches à 14 h 10 sur France 5.
Parfois imprévisibles et souvent drôles : quelle place a eu l'improvisation dans le tournage de ces "road musicaux" ?

Tété : Il y a eu un gros travail de préparation avant donc pour nous c'est du velours quand on arrive sur place. Mais en même temps l'écriture du programme permet de faire en sorte que l'on puisse prendre le temps des deux heures s'il se passe vraiment quelque chose de chouette. Ce n'est pas toujours le cas, car plus c'est cadré avant, plus nous sommes astreints à un emploi du temps qui ne nous le permet pas. Mais nous avons trouvé un équilibre assez juste sur les tournages.

Dédé : On joue sur la spontanéité de la découverte, je ne lis pas mes fiches pour ne pas avoir d'a priori sur les musiciens que l'on rencontre. Je me prends l'invité en pleine face, j'aime bien garder ce côté-là. Il y a une part d'improvisation dans le choix des destinations, car un voyage en appelle un autre, et Marie-Claire, la réalisatrice du programme, nous laisse vraiment cette liberté de choix. C'est quand on est dans un pays que l'on décide de la prochaine escale. De Venise, je ne sais pas pourquoi, j'ai voulu aller au Caire ! A Cuba, nous nous sommes rendu compte que l'on touchait là les racines africaines de la musique, et de là, nous avons décidé d'aller sur "le plus vieux continent". Voyager comme cela, c'était mon fantasme depuis mon plus jeune âge. J'ai besoin de toute une vie pour digérer tout ce que l'on a vu...

La musique serait alors comme l'"ADN des peuples" ?

Tété : La série de docs devient une sorte d'enquête. C'est une espèce de fil d'Ariane, une grande pelote que l'on déroule et qui est inépuisable. Et là, le fil nous mène vers l'Orient.

A.M : Oui, mais un ADN plus sexy ! On n'est ni Magellan ni Vasco de Gama, mais peut-être les Sherlock Holmes un peu foireux de la musique !

Vers quelle destination aimeriez-vous maintenant vous diriger pour poursuivre votre enquête ?

A.M : L'Orient. Il y a toute une jeunesse éduquée depuis la chute du mur de Berlin qui a accès aux musiques occidentales, au jazz, aux musiques improvisées, et qui y ajoute les ingrédients de son propre pays. Ça produit toute une génération de musiciens fantastiques. Aujourd'hui le jazz est une musique qui appartient au patrimoine, c'est la musique classique du XXe siècle. En Orient, on la revisite, tout comme en Inde, en Egypte, en Israël...

Tété : Il faudrait peut-être aussi repartir pour l'Afrique puisque l'on n'a pas pu faire tout ce qui était prévu, comme au Mali. Le pays connaissait des troubles importants et nous n'avons pas pu avoir les autorisations...


Qu'est-ce que l'expérience a changé dans votre rapport à la musique ?

A.M : Je me suis remis à jouer au piano comme un malade ! Je me suis aperçu que je ne savais pas jouer de la main gauche, lorsque nous avons rencontré par hasard une pianiste de bar à Cuba. Marie-Claire m'a dit d'aller jouer avec elle, et j'ai eu la honte de ma vie ! Cette femme était une vraie machine de guerre. Là-bas, le pianiste doit réduire tout l'orchestre dans ses dix doigts. J'ai rencontré un accordéoniste génial dans le nord de l'Argentine, qui jouait avec la technique ukrainienne, un peu slave. Un jeune Indien qui chantait en guarani l'accompagnait à la guitare sur des rythmes africains... C'est un peu la quintessence de tout ce que l'on a vécu lors de ces voyages.

Tété : Il y a eu un moment fabuleux... André est pianiste, moi je ne le suis pas et je le regrette profondément. André a pu rencontrer un monstre musical. Au cours de l'entretien, il lui a demandé quelles étaient les gammes qu'il était en train de jouer. Cette personne qui est extrêmement généreuse lui a donné un papier sur lequel étaient inscrites les gammes utilisées. Un jour, dans l'avion, André m'a fait écouter un morceau qu'il venait de composer et qui était profondément inspiré de cet artiste.
Moi, je viens plutôt de la pop, et quand je travaille chez moi maintenant, je pense aux artistes que j'ai rencontrés et je me demande : "Tiens, comment lui aurait fait ça ou ça." J'ai toujours été à l'écoute, mais je le suis davantage maintenant. Ça m'a appris à être plus simple musicalement aussi. J'y pense quand je suis en studio.

Tété, vous êtes originaire du Sénégal, le doc tourné dans votre pays d'origine a-t-il été un moment spécial pour vous ?

Tété : Il y a eu plusieurs choses dans ce voyage-là. C'est un pays que je connaissais déjà. Donc les grosses claques que je me suis prises, je les ai eues dans les pays que je ne connaissais pas du tout. Là, c'était une manière de reconnecter avec les voyages que j'ai faits étant enfant. Je pense que le Sénégal a toujours fait partie de moi. C'est pour ça que je pense que le documentaire qui en est sorti était juste. Il ne s'agissait pas de jouer une arrivée au pays où l'on se jette à genoux par terre et où on embrasse le sol (rires) ! On n'était pas dans le surjeu. La vie, c'est une continuité. Ce voyage était dans la continuité de ma vie personnelle, et dans la continuité de notre parcours musical. J'en garde une impression de justesse.

Propos recueillis par Audrey Osseni (Plurimedia) pour le compte d'Orange.
dimanche 6 novembre

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