© David Merle
Réunissant plus de 6 millions de téléspectateurs, R.I.S Police scientifique s'apprête à faire peau neuve. Mais pour l'heure, Gilles Sagnac, alias Philippe Caroit, vit ses derniers moments à la tête du fameux laboratoire dans les ultimes épisodes de la saison 6 diffusés le 12 mai à 20 h 45. L'acteur a décidé de partir vers d'autres horizons et s'en explique.
Pourquoi et comment avez-vous quitté la série ?
Nous sommes en très bon termes avec la chaîne et la preuve c'est que le premier film que j'ai fait après R.I.S. c'était Camping Paradis et j'ai ensuite enchaîné avec Véronique Genest dans la comédie Merci Patron. C'est exactement comme un couple qui s'est aimé et qui décide par consentement mutuel d'en rester là avant que les choses ne se compliquent et dégénèrent. Nous avons eu des discussions, et je pense qu'une saison de plus aurait été une saison de trop. Cela a aussi permis à la chaîne de passer à autre chose, la série a été totalement ravalée. Le paradoxe, c'est que j'avais émis des désirs par rapport à une certaine évolution de mon personnage et aussi du ton de la série qui n'avaient pas été reçus. Il semble que mon successeur a bénéficié d'une écriture qui répond complètement à ce que j'aurais aimé. Je savais au départ que mon rôle c'était chef du labo. C'est très intéressant mais au bout d'un moment je demandais aux scénaristes de me faire sortir plus du laboratoire, d'avoir plus de scènes d'investigation. . Je pense qu'on peut être dans un contexte scientifique et avoir de l'humour. Quand on disséquait des macchabées en deuxième année de médecine, on déconnait sec autour pour exorciser le fait de se retrouver à 18 ans en train de découper un cadavre.
Ce n'était donc pas nouveau pour vous d'incarner un scientifique, si vous avez fait médecine ?
A 17 ans, vous m'auriez dit que j'allais être comédien, c'est comme si je vous disais que, demain, vous allez être la prochaine reine d'Angleterre. C'était loin de mon intention et de mon univers, car je voulais vraiment faire de la médecine humanitaire. J'ai donc fait des études de médecine au cours desquelles j'ai commencé à faire du théâtre en amateur et peu à peu le hobby a pris le dessus. J'avais une pratique semi-pro en 3e et 4e année et en 6e année j'ai passé des auditions au Théâtre du Soleil. Contre toute attente, Ariane Mnouchkine m'a proposé de me garder. Je ne pouvais pas refuser cela à la grande papesse du théâtre. J'ai donc pris une année sabbatique et voilà où j'en suis rendu plus de 20 ans après. Je ne suis jamais revenu à la médecine. Dans les deux métiers on touche à l'humain, il y a des ponts entre la comédie et la médecin, Tchekhov était d'ailleurs médecin.
Sagnac, votre personnage, va-t-il vous manquer ?
Rétrospectivement, je peux facilement vous en parler, ce qui n'aurait pas été le cas il y a 6 mois ou 8 mois quand je venais d'arrêter la série ; j'aurais été un peu plus flottant. Franchement, avec tous les cadeaux que m'a fait la vie professionnelle dernièrement je suis très content, non pas d'avoir quitté R.I.S. - moment difficile, choix délicat de quitter une famille que j'ai côtoyée pendant 3 ans quasiment au quotidien. C'est aussi déchirant qu'un départ à la retraite. Indépendamment de l'attachement que j'avais pour la qualité de l'équipe et de la série, je préfère la vie que j'ai menée depuis que j'ai quitté la série, en 8 mois j'ai tourné quatre films différents, incarné des personnages différents. Le rythme que j'ai retrouvé me convient parfaitement et, avant, je n'étais pas certain de pouvoir rebondir aussi vite. Mais c'est une vraie page de ma vie qui se tourne.
Quels sont donc vos projets ?
Je vais sans doute retourner au théâtre la saison prochaine, mais à quelques jours près, je ne peux pas vous en parler car nous n'avons pas encore la confirmation de la salles où nous allons jouer. Je viens de terminer un film italien que nous avons tourné au Cambodge qui s'appelle Talking to the Trees mais cela ne sera sans doute pas le titre français. C'est un film sur les conséquences dramatiques qu'entraîne l'extrême misère du pays sur la population rurale, la déforestation, les paysans qui vendent leurs enfants... La comédienne principale est aussi la réalisatrice avec son mari, Guido Freddi et Iliara Borelli. Il y a elle et moi et que des acteurs camdogiens, khmers. Je vais bientôt partir en Martinique pour le tournage d'un film sur Toussaint Louverture pour France Télévision. Je vais jouer le rôle de Bayon de Libertad, un planteur, qui avait dans son cheptel d'esclaves, si je puis parler ainsi, le jeune Toussaint Louverture et a décelé en lui un destin exceptionnel. Il l'a laissé s'instruire et grâce à cette éducation il est devenu ensuite le Spartacus des esclaves opprimé du Saint-Domingue de l'époque.
Êtes-vous plutôt comédie ou drame ?
J'adore aller sur le terrain de jeu de la comédie. J'ai une jouissance, j'ai plus de plaisir à entendre une salle rire, qu'à entendre une salle émue. J'ai toujours aimé faire rire ma famille, mes copains à l'école. Si je devais choisir, ce qui n'arrivera jamais, c'est certain, je choisirais sans hésitation la comédie. J'adore aussi jouer les personnages excessifs, on a toujours envie d'interpréter un personnages qui a un parcours très éloigné du sien. C'est toujours très intéressant car cela nous amène dans des zones inconnues. C'est très libératoire.
Propos recueillis par Emmanuelle Dreyfus (Plurimedia) pour le compte d'Orange.
dimanche 8 mai
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