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Luc Besson a pour une fois l'honneur de la télévision. Alors qu'il prépare la sortie de son prochain film, The Lady, consacré à l'opposante birmane Aung San Suu Kyi, le réalisateur et producteur a carte blanche sur Canal + Cinéma du 18 au 22 avril. Nous avons rencontré Luc Besson lors d'une conférence de presse assez rare pour un homme discret dans les médias.
Trouvez-vous qu'on ne parle pas assez de vous en tant que metteur en scène ces dernières années ?
En France, oui. Je suis poli, je réponds aux questions, mais généralement, ça dérive très vite vers ce que je pense de l'évolution du cinéma numérique ou du cinéma européen sur les quinze prochaines années. Ce sont beaucoup de questions de la sorte sur lesquelles je ne suis pas qualifié, bien que je connaisse bien mon métier, et donc que j'aie un avis. Au bout d'un moment cela devient assez gênant. Mais en revanche, c'est différent à l'étranger, bizarrement. Je suis allé présenter Adèle Blanc-Sec à Londres, et l'on n'a parlé que de cinéma.
Avez-vous retrouvé ce goût de la mise en scène ?
Oui, sinon je n'aurais pas repris. C'est assez éprouvant, un tournage. Je ne me plains pas parce qu'il y a des métiers bien plus durs que celui-là, mais cela se ressent quand même moralement. Quand on enchaîne les tournages entre 17 et 40 ans, on finit par être simplement fatigué. On n'a plus de jus, plus le désir, l'envie. Il vaut mieux arrêter et attendre que ça revienne.
Pour les films, il n'y a pas de règles, j'ai vraiment l'impression que c'est comme une rencontre amoureuse. On rencontre quelqu'un, on pensait se marier avec une brune et puis finalement on épouse une blonde. Un sujet, c'est un peu comme ça. Je n'avais pas du tout prévu de faire un film familial et sympathique en français avec Adèle Blanc-Sec. Je suis tombé sur la bande dessinée, j'ai beaucoup aimé, j'ai écrit le script et je suis tombé amoureux du script.
Quels sont vos films de chevet ?
Buffet froid m'a beaucoup marqué. Ce n'est pas en référence à ce qui se passe dans le film mais plutôt à la période à laquelle je l'ai vu, je devais avoir 19 ans. Il était totalement différent, avec un rythme à l'envers. En mise en scène, en écriture, c'était une révolution. C'est le genre de films qui ouvrent la tête quand on veut faire du cinéma. Il déplace les limites, ouvrent un champ complet. On a le droit de finir un film sur une barque avec Carole Bouquet qui rame et Gérard [Depardieu, NDLR] qui dit qu'il ne sait pas nager, une fin improbable.
Amadeus, c'est un chef-d'oeuvre. Je ne sais pas si on peut faire mieux. Il est prenant dans l'aventure humaine et en même temps, on a rarement vu des films qui montraient à ce point l'acte de création et par où il passait.
La première fois que j'ai vu un film de Kurosawa, c'était un autre monde, une autre écriture, un autre rythme, une autre sensibilité. D'ailleurs, j'ai une anecdote : un jour j'étais président du jury du festival de Tokyo aux côtés de la fille de Kurosawa. Au bout des quinze jours du festival, je lui ai dit à quel point j'adorais son père. Elle m'a dit qu'il aimait aussi beaucoup mes films, qu'il avait même voulu m'écrire une lettre. Il en avait vu trois, notamment celui avec les poissons (rires). Rien que de savoir que Kurosawa avait vu trois de mes films, ça me suffit comme récompense.
Est-ce qu'il y a encore des films que vous rêvez de faire ?
En tout cas, je ne place pas ces rêves au-dessus de ceux de la vie, au moins aussi importants. Le cinéma a été la chose la plus importante pendant les 3-4 premières années, parce que je n'avais pas grand-chose d'autre, mais après il y a eu la vie, les enfants, qui ont fait que j'ai remis chaque chose à sa place. Le rêve qui m'empêche de dormir n'existe plus. Il y a bien sûr des aventures géniales à faire, mais ne pas les réaliser ne va pas m'empêcher de dormir.
Ce n'est cependant pas un frein au processus créatif, il doit simplement être entretenu, tout comme les sportifs qui doivent s'entraîner tous les jours. Il faut travailler, écrire, rencontrer des gens, aller dans la rue, faire tourner ses plaques sensibles. Il n'y a rien de pire que les vacances : trois semaines de vacances et plus rien ne sort sur la feuille de papier au retour.
Vous avez beaucoup de personnages féminins charismatiques dans vos films, est-ce que vous pouvez définir votre "héroïne bessonienne" ?
Ce n'est pas un terme à moi, donc je vais avoir du mal. Ce qui est sûr, c'est que dans les années 1980, il y avait un décalage. Il y avait beaucoup de héros masculins, c'était la grande époque des Stallone, Schwarzenegger, Bruce Willis, Harrison Ford et les personnages féminins étaient assez restreints. Ça m'a toujours un peu gêné, j'ai toujours essayé d'apporter de vrais personnages, masculins et féminins. Avec mes deux derniers films, Adèle Blanc-Sec et The Lady, ce sont surtout des personnages féminins, même si dans The Lady le mari est un très beau rôle pour un acteur. Ce qui m'intéresse, ce sont les faiblesses du sexe fort et les forces du sexe faible.
Propos recueillis par Nicolas Mignerey (Plurimedia) pour le compte d'Orange.
dimanche 17 avril
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