© Maxime Bruno
Sociétaire de la Comédie-Française, Guillaume Gallienne multiplie les projets hors de l'institution. En tournée, à la radio sur France Inter, le comédien nous fait rire tous les soirs dans Les Bonus de Guillaume, diffusés sur Canal +, dont le DVD vient de sortir.
D'où vous est venue l'idée de pasticher les bonus de DVD et quelles sont les limites que vous vous imposez ?
Je me moque de ces bonus, car je n'aime pas tellement qu'on raconte les recettes, les coulisses d'un tournage. J'aime bien si c'est fait honnêtement, mais c'est impossible, car on est toujours conscient d'être filmé. A la limite, je préfère le système américain qui est officiellement un outil promotionnel où l'acteur est un support publicitaire. Il prend son sourire, il l'accroche d'une oreille à l'autre, il a la plante verte et l'affiche du film derrière lui et tout était merveilleux et il a toujours trois anecdotes à mourir de rire. Le côté "je suis simple et tellement dans l'authenticité", mon cul ! La première idée que j'ai eue c'était Emmanuelle et la deuxième, Les Dents de la mer. La limite, c'est la vulgarité. Mais, comme un jour François Berléand m'a dit que je ne serais jamais vulgaire, je suis confiant ! Je crois qu'il n'a pas tort, c'est une façon de penser et cette façon de penser, je ne l'ai pas. Après, il y a l'audace, c'est un des ingrédients de la recette des bonus.
Écrire et jouer pour la télévision, dans un format court, n'est-ce pas frustrant ?
Ce n'est pas frustrant si on le prend comme un exercice. J'ai une minute durant laquelle je dois raconter un début, un milieu et une fin. Cela m'a au contraire excité en tant qu'auteur. En revanche, parfois l'acteur est frustré, mais l'auteur qui est en moi le rappelle à l'ordre. En principe, j'aime écrire seul, mais les bonus sont coécrits avec Frédérique Moreau.
Pouvez-vous nous raconter une séance de travail ? De l'écriture au tournage ?
Je tourne en moyenne quinze bonus par mois. J'ai six jours d'écriture, deux jours de réunion préparatoire avec la directrice de production, l'équipe, les accessoiristes, le chef opérateur... Puis, il y a deux jours de tournage pour les quinze bonus et deux jours de postproduction : une demi-journée de sélection des prises, une demi-journée de validation du montage, une demi-journée de mixage et une demi-journée de présentation des bonus à la chaîne qui est un peu ma récompense car c'est dans le bureau d'Arielle Saracco, la directrice des programmes de Canal +, qui est d'une intelligence incroyable, d'un calme rarissime et qui ne dit jamais un mot inutile. Elle peut refuser des bonus, elle en a le pouvoir, elle ne l'a jamais fait.
Vos nombreuses escapades hors du Français sont-elles bien vues par vos pairs ? Vous ne regrettez pas d'avoir intégré la troupe, cela ne vous bride pas ?
Je ne suis pas tellement distribué par l'administrateur actuel (Muriel Mayette, ndlr), c'est la raison pour laquelle je m'en échappe. Mais ma priorité, c'est le Français, j'ai un contrat exclusif, je suis sociétaire de la Comédie-Française. Pour les Bonus je ne travaille que le matin sauf les deux jours de tournage par mois et pour la radio, les enregistrements se font aussi le matin. L'après-midi et mes soirées sont entièrement libres pour la Comédie-Française. Pour mon spectacle, Les Garçons et Guillaume à table, j'ai pris un congé car c'était un projet intime que je voulais faire depuis longtemps et qu'il se trouve qu'il s'est vendu comme des petits pains et que je pars en tournée. Ce qui m'a adoubé dans ma démarche, c'est quand j'ai vu les images de Robert Hirsch et Jacques Charon qui faisaient les cons avec Jacqueline Maillan à la télé au moment même où ils jouaient Richard III à la Comédie-Française. Donc j'en ai le droit, et c'est même vachement bien de montrer que ce n'est pas juste une institution avec des acteurs poussiéreux qui déclament d'une voix chevrotante. Notre jeu est moderne, contemporain, on sait être drôles, légers. Je suis heureux d'en être, la troupe est géniale !
Quels sont vos projets ? Allez-vous adapter Les Garçons et Guillaume à table ?
Depuis le début, je veux en faire un objet cinématographique mais il se trouve que c'est un directeur de théâtre qui m'a d'abord donné une carte blanche pour raconter cette histoire. Donc je ne vais pas l'adapter, mais je l'écris pour le cinéma et ce sera différent. J'ai tourné dans le film de Pascal Thomas, Ensemble nous allons vivre une très belle histoire d'amour avec Marina Hands, dont je joue le mari sourd et muet, et c'est aussi la première fois que nous verrons Julien Doré en tant qu'acteur et je dois dire qu'il est vraiment bien. Il a deux qualités : il est drôle et extrêmement souple, il s'adapte hyper vite. Et puis, il n'a pas peur du tout du ridicule. Ce sera en avril 2010.
Propos recueillis par Emmanuelle Dreyfus (Plurimedia) pour le compte d'Orange
lundi 16 novembre
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